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La force de la nature et l'art des hommes

GIBELLINA, POGGIOREALE ET LE SÉISME DE 1968

Au cours de la nuit du 15 janvier 1968, un séisme terrible s'abattit sur la Valle del Belice, dans le sud-ouest de la Sicile. Près de 900 personnes périrent et dix villes et villages subirent d'importants dégâts. Deux d'entre eux, Gibellina et Poggioreale, furent réduits en ruines.

Gibellina et Poggioreale ont réussi à renaître de cet événement cataclysmique et ont procédé à la sombre tâche de se reconstruire à un autre emplacement. Il s'agit là de l'un des chapitres les plus fascinants de l'histoire de la Sicile au 20ème siècle.

À l'époque, le maire de Gibellina était Ludovico Corrao, un politicien doté de nombreux contacts, qui siégeait également au sénat italien. Il mobilisa les talents des meilleurs urbanistes italiens, mais également d'architectes et d'artistes du calibre de Pietro Consagra, Mimmo Paladino, Mario Schifano, Ludovico Quaroni et Franco Purini, afin de créer une ville nouvelle située à environ 10 km à l'ouest de la ville d'origine de Gibellina. Le projet, appelé « Rêve en cours », comprenait des jardins publics, de grandes piazzas, des bâtiments de l'ère postmoderne, des routes larges et de nombreuses sculptures contemporaines gigantesques. Au fur et à mesure du développement du projet, de plus en plus d'artistes provenant de toute l'Italie ont fait don de leurs œuvres et il y eut bientôt suffisamment d'éléments pour remplir le Musée d'Art Contemporain tout juste construit.

Après environ 10 ans passés dans des maisons temporaires préfabriquées à proximité des ruines de leurs anciennes maisons, les Gibellinesi ont enfin emménagé dans leur nouvelle ville. Il est difficile d'imaginer ce que ces personnes humbles qui travaillaient d'arrache-pied ont pensé de leur nouvel environnement très intellectuel.

En 1983, Corrao, qui avait dédié le reste de sa vie à Gibellina et à ses habitants, invita Alberto Burri, un artiste de renom international, à visiter la nouvelle ville de Gibellina. Au cours de son séjour, Burri demanda à voir les ruines de l'ancienne ville et c'est au cours de cette visite qu'une nouvelle idée germa : transformer les gravats et la misère de l'ancienne Gibellina en œuvre d'art pour créer un monument à la mémoire de ceux qui y avaient péri et créer un lien artistique entre la vieille ville et la nouvelle ville.

C'est ainsi que débutèrent les travaux de construction du plus grand opere d'arte jamais créé. À l'exception des rues, qui sont restées ouvertes pour que les visiteurs puissent s'y promener, l'ensemble de la vieille ville (soit 120 000 mètres carrés) a été recouvert d'une chape de béton d'un mètre et demi d'épaisseur, adoptant l'apparence d'un linceul déposé sur les ruines. Vue du dessus, elle ressemble à une énorme carapace de tortue grise et blanche, façonnée sur la pente de la colline. Immergé dans la superbe campagne de la vallée idyllique de la Vale del Belice et entouré de vues imprenables, le Cretto di Burri est une œuvre impressionnante à la fois réconfortante et solennelle qui témoigne de la capacité d'adaptation de l'homme et de sa créativité face à l'adversité.

Jusqu'à cette nuit fatale du 15 janvier 1968, la ville la plus proche de Gibellina était Poggioreale, qui n'était située qu’à 3 km à l'est. Bénéficiant d'une position panoramique et surplombant la plaine légèrement vallonnée en contrebas, Poggioreale a également été détruite lorsque le séisme a sévi. Une fois les dégâts évalués, il a été décidé que la reconstruction de la ville sur son site existant était insensée d'un point de vue économique et une nouvelle zone fut proposée à quelques kilomètres de là, dans la vallée. Tout comme pour la nouvelle Gibellina, des architectes commencèrent rapidement à œuvrer à la construction de la nouvelle ville de Poggioreale. Mais, bien que des idées et techniques d'urbanisme contemporaines aient été employées dans le cadre de ce projet, il ne s'accompagne d'aucune fioriture artistique extravagante, ni de sculptures gigantesques et ne comporte que quelques rares exemples d'architecture postmoderne. Pour ses habitants, la nouvelle ville disposait d'un atout majeur par rapport à celle de ses anciens voisins : elle se trouvait à proximité de leurs anciennes propriétés, visibles de l'autre côté de la vallée. Ainsi, contrairement aux habitants de Gibellina, les poggiorealesi n'étaient pas coupés de leur ancienne vie et n'étaient pas loin de la terre que bon nombre d'entre eux cultivaient.

Le maire de Poggioreale n'avait indubitablement aucune prétention artistique, ni aucun ami artiste de renom. De ce fait, tandis que Burri terminait sa Cretta de l'autre côté de la vallée, la vieille ville de Poggioreale était laissée en l'état, gelée dans le temps, une ville-fantôme admirant avec mélancolie son successeur moderne dans la campagne. Une promenade dans les rues de l'ancienne ville de Poggioreale est extrêmement évocatrice, légèrement étrange et entièrement fascinante.

Les vieilles villes de Gibellina et Poggioreale ont subi le même sort mais leurs destins après le séisme n'auraient pas pu être plus différents. Et bien que les deux villes aient retrouvé une certaine tranquillité dans l'environnement paisible de leur vallée vallonnée et recouverte de vignes, elles servent également à nous rappeler que la nature, si productive et généreuse, peut rapidement se transformer en une force destructrice.

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