Introduction à l'histoire de l'émigration sicilienne

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Entre 1876 et 1915, près d’1,4 millions de Siciliens émigrèrent. Dans les années 1950, un mouvement d’exode similaire se reproduisit, lorsque près d’un demi million (plus de 10% de la population) quitta cette terre en quête d’une meilleure existence.

Alors qu’est-ce qui a poussé tant de Siciliens à émigrer ? Où sont-ils allés ? Pourquoi ont-ils quitté leurs famille, leurs proches, leurs biens et occupations pour s’en aller, bien souvent, à l’autre bout du monde ? C’est une partie fascinante de la longue et tragique histoire de la Sicile, une toile tissée de millions de récits de pauvreté, courage, catastrophes naturelles, guerres, intolérance, et poursuite de rêves.

Notre histoire commence en 1861, l’année où l’Italie est devenue un pays unifié. Le nouveau Royaume d’Italie a connu des débuts chaotiques, surtout au sud. Les Siciliens ont été parmi les premiers à se battre pour et croire en le risorgimento. Garibaldi et ses légendaires mille avaient débarqué à Marsala sur la côte ouest de la Sicile pour commencer la procédure d’unification. À leur arrivée au Détroit de Messine, ils étaient 10 000. 

Mais les espoirs des Siciliens n’allaient pas durer. Le nouveau gouvernement introduisit de lourdes taxes et imposa un service militaire de sept ans. La conscription toucha particulièrement les zones rurales, où le travail des jeunes hommes constituait une contribution vitale à la subsistance des activités agricoles de leurs familles. Au lieu de s’enrôler, beaucoup décidère d’émigrer en quête d’une nouvelle vie.

Mais le pire restait à venir. Le gouvernement réprima violemment une révolte à Palerme en 1866 ; puis, en 1880, la phylloxera, maladie de vignes, se propagea depuis la France, détruisant des vignes sur tout le territoire. La vie des personnes travaillant la terre devint de plus en plus difficile, et un nouveau mouvement syndical, le Fasci, fit son apparition afin de représenter leurs intérêts. Mais leur mouvement fut également brutalement réprimé par le gouvernement à Rome, qui envoya 30 000 troupes afin d’étouffer les troubles.

Des paquebots partaient de Palerme et Messine plusieurs fois par mois vers le Nouveau Monde Worlds.

La Sicile fut accablée de malheurs incessants. En 1908, un terrible tremblement de terre ravagea Messine, tuant 90 000 personnes et réduisant la ville à néant. La perspective d’années à travailler à la reconstruction poussa des milliers de personnes à émigrer, surtout vers les Amériques.

Toutefois le sort de la Sicile à cette époque était loin d’être un cas isolé en Italie. Les statistiques révèlent qu’entre 1876 et 1900 par exemple, quelques 14 millions d’Italiens émigrèrent. Seul environ un quarter de million étaient Siciliens, un chiffre relativement faible par rapport aux trois millions d’Italiens qui émigrèrent des régions du nord, de la Vénétie, Frioul-Vénétie julienne, Piémont et Lombardie durant cette même période (ce qui peut paraître étrange aujourd’hui, alors que le nord de l’Italie est l’une des régions les plus riches d’Europe). Et ce n’est qu’au début du XXème siècle que la Sicile est devenue la région italienne présentant le taux le plus élevé d’émigration.

Durant la période qui a précédé la 1ère Guerre mondiale, l’Italie adopta une attitude de plus en plus belligérante, cherchant constamment les succès militaires qui justifieraient sa prétention au statut de grande puissance européenne. La conscription fut ré-introduite et, en 1911, l’armée italienne envahit la Libye. Plutôt que de se battre pour défendre les ambitions coloniales de leur pays dans les déserts de l’Afrique du Nord, des milliers de jeunes hommes siciliens supplémentaires décidèrent d’émigrer.

Toutefois, la misère et l’exclusion sociales et les catastrophes naturelles seules ne suffisent pas à expliquer pourquoi les Siciliens décidèrent d’émigrer en si grand nombre. Le sens des affaires fut également déterminant. Dès la mi / fin XIXème siècle, les compagnies maritimes avaient bien compris que l’émigration étaient un secteur porteur. Des bureaux ouvrirent dans toute la Sicile, jusque dans les endroits les plus reculés, pour vanter les richesses à la portée des émigrants aux États-Unis, Amérique du Sud, Australie et même Alaska (où beaucoup de pêcheurs de Marettimo partirent). Des paquebots chargés de Siciliens appauvris et désespérés quittaient les ports de Palerme, Castellammare del Golfo et Messine plusieurs fois par mois en direction des Nouveaux Mondes.

Avec un nombre croissant de Siciliens qui quittaient leur terre s’établit un nouveau phénomène : la migration en chaîne. Ceux qui étaient déjà partis relataient à leurs familles et à leurs proches restés en Sicile leurs récits de nouvelle vie relativement prospère, énumérant les nombreuses opportunités à la portée de ceux qui les rejoindraient. Femmes, parents, oncles, tantes, frères, sœurs et proches décidèrent de vendre leurs maigres possessions pour se payer le voyage et rejoindre leurs proches. Chaque Sicilien qui arrivait dans le Nouveau Monde rappelait à lui ses proches et le taux d’émigration connu ainsi une croissance exponentielle.

Jusqu’à la première Guerre mondiale, la grande majorité des émigrés siciliens choisissait les États-Unis, mais beaucoup optèrent aussi pour l’Argentine, le Venezuela et d’autres pays d’Amérique du Sud. Et quelques-uns partirent pour l’Australie.

À la fin de la guerre, les institutions italiennes brillaient par leur absence et ce vide fut comblé par des chefs sans scrupule de la mafia et des politiques locaux corrompus.

 Entre la première et la seconde guerre mondiale, l’Australie avait rapidement rattrapé les États-Unis comme destination de choix pour beaucoup de Siciliens. Il y avait deux raisons à cela : tout d’abord, les American Immigration Acts (lois américaines sur l’immigration) de 1917 et 1924 posèrent des limites au nombre et profil des personnes autorisées à entrer dans le pays. On introduisit des tests médicaux plus stricts, et les candidats à l’immigration devaient prouver qu’ils savaient lire et écrire dans leur langue. Ces mesures exclurent la grande majorité des Siciliens, dont 70% étaient encore anlphabètes au début du XX ème siècle. Deuxièmement, l’économie australienne connu un essor rapide et avait des besoins importants de main d’œuvre.

La Sicile, comme le reste de l’Italie, avait été dévastatée par la seconde guerre mondiale. Libérée par les Alliés en 1943 (Opération Husky), l’île était en grande partie non gouvernée. À la fin de la guerre, les institutions italiennes brillaient par leur absence et ce vide fut comblé par des chefs sans scrupule de la mafia et des politiques locaux corrompus. L’économie était ruinée, l’industrie maritime était considérablement appauvrie et le niveau de pauvreté était extrême. C’est alors que commença une nouvelle vague d’émigration vers l’Australie.

À la fin des années 1940, le ministre australien de l’immigration, Arthur Calwell, introduisit un programme d’immigration assisté. Sous le slogan “Populate or Perish” (« peupler ou périr »), l’objectif de Calwell était d’augmenter l’immigration en Australie d’1% par an. Une série d’accords fut conclue avec plusieurs pays européens, dont l’Italie, prévoyant la subvention par le gouvernement australien de la traversée pour ceux prêts à se lancer dans ce voyage périlleux. 

Le programme de Calwell a perduré jusqu’en 1971 ; à cette époque, la première génération de la population immigrée italienne (bon nombre d’entre eux siciliens) avait énormément augmenté, passant d’environ 33 000 en 1951 à près de 290 000 (chiffres du recensement de 1971). Ces statistiques sont encore plus impressionnantes si l’on tient compte du miracolo economico de l’Italie du Nord entre 1950 et la moitié des années 1960, au cours duquel des dizaines de milliers de Siciliens sont venus dans les régions de Lombardie et du Piémont pour travailler dans la région industrialisée du nord.

Aujourd’hui, d’après le ministère des affaires étrangères italien, près de cinq millions d’Italiens vivent et travaillent à l’étranger. Bon nombre d’entre eux sont siciliens : l’ISTAT (l’Istituto Nazionale di Statistica) indique que quelques 250 000 Siciliens ont émigraté depuis 1970, et près de 20 000 Siciliens (la plupart, jeunes) quittent l’île chaque année, soit pour le nord de l’Italie ou l’étranger (la plupart, en Europe). L’histoire de l’émigration sicilienne continue.

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