Des îles éoliennes aux Antipodes

LES HABITANTS DES ÎLES ÉOLIENNES QUI ÉMIGRÈRENT EN AUSTRALIE

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Si vous rencontrez quelqu’un du nom de Bartholomew en Australie, il y a de fortes chances que ce soit quelqu’un d’origine italienne. Plus précisément, ses parents, grands-parents ou arrière-grands-parents sont probablement venus des îles éoliennes, cet archipel paradisiaque au large de la côte nord de la Sicile. San Bartolomeo (Saint Barthélemy) est le saint patron de ces îles, et beaucoup de jeunes garçons des îles éoliennes portent son nom. 

Aujourd’hui, près de 15 000 habitants des îles éoliennes vivent en Australie. Si l’on inclut les immigrants de deuxième et troisième génération, ce chiffre atteint environ 30 000, plus du double de la population des îles elles-mêmes. Qu’est-ce qui explique ce phénomène ? Pourquoi tant d’habitants des îles de Lipari, Salina, Vulcano, Panarea, Stromboli, Alicudi et Filicudi ont-ils décidé de parcourir plus de 16 000 km en quête d’une nouvelle vie ? 

Dans les années 1870 et au début des années 1880, l’économie des îles éoliennes se portait bien. Une flotte prospère de marchands partait de Lipari pour transporter ses marchandises entre la Sicile et Naples, et les carrières de pierre ponce étaient en plein essor. La production de vin représentait une contribution encore plus significative à l’économie locale : une activité qui s’était perdurée depuis près de 3 000 ans, depuis l’arrivée des colons de Mycènes qui y plantèrent les premières vignes Malvasia (le cépage Malvasia serait originaire de Monemvasia, une ville insulaire au large de la côte est du Péloponnèse, qui faisait partie de la Grèce mycénienne pendant 300 ans). Le vin Malvasia ainsi que d’autres variétés étaient exportés à travers toute l’Italie et l’Europe et sa production générait emploi et revenu à de nombreuses familles.

Cependant, à partir de la moitié des années 1880, ces trois piliers de l’économie commencèrent à s’effondrer. La construction de la ligne de chemin de fer entre Reggio de Calabre et Naples réduisit de manière drastique les échanges commerciaux maritimes entre la Sicile et Naples, privant la flotte marchande des îles de sa raison d’être. Puis, l’entreprise responsable des activités d’excavation et d’exportation fit faillite. Enfin, le coup de grâce fut porté à l’industrie du vin.

En 1878, le malheur de la phylloxera frappa la Sicile, décimant les vignobles de toute l’île. L’inquiétude légitime des viticulteurs des îles éoliennes et leurs prières à San Bartolomeo pour que l’épidémie, qui avait ravagé tous les vignobles historiques d’Europe, les épargnerait et ne traverse pas la mer tyrrhénienne, ne furent pas entendues. Par miracle, leurs prières avaient été entendues pendant 10 ans, mais en 1890, le fléau biblique de parasites frappa l’île et son économie s’effondra brutalement. 

La plupart des habitants de l’île n’avaient plus rien et guère d’autre choix que d’émigrer pour trouver du travail. En 1891, plus de 200 habitants quittèrent leurs maisons à Salina (l’île où la production de vin était la plus importante). D’autres suivirent rapidement, et en 1914, on estime à près de 10 000 le nombre d’habitants des îles éoliennes, environ un tiers de la population totale, qui avaient émigré. La plupart d’entre eux se rendirent aux États-Unis, mais plus de 700 personnes optèrent pour l’Australie. En 1903, Sydney comptait déjà suffisamment d’habitants des îles éoliennes pour y fonder un club social : le Circolo Isole Eolie.

Les habitants des îles éoliennes étaient experts en termes de culture et de commerce de fruits et légumes. Avec d’autres Siciliens, ils s’établirent rapidement sur les marchés et devinrent propriétaires de fermes.

Généralement les hommes (même des adolescents) émigraient en premier, laissant leurs femmes, enfants et proches . Une fois établis dans leur nouvelle patrie, ils faisaient venir leurs familles, ou rentraient, se mariaient, et retournaient en Australie avec leur épouse. Voici deux histoires typiques qui illustrent ce phénomène de migration en chaîne.

  • La première est celle de Bartolo (diminutif de Bartolomeo, vous vous souvenez ?) Virgona, qui avait émigré de Salina vers l’Australie en 1890, l’année de l’arrivée du parasite phylloxera. Il s’établit comme marchand de fruits à Melbourne. Deux ans plus tard, sa femme, Bartolina, et leurs fils, Vincenzo, les rejoignirent. Bartolo et Bartolina eurent trois autres enfants, dont Lena, qui  épousa un autre immigrant de Salina, Antonio Santospirito. Dans une histoire parallèle, Antonio était arrivé en Australie avec sa mère en 1897, à l’âge de cinq ans. Son père, tout comme Bartolo, était arrivé seul plusieurs années auparavant et avait ouvert une boutique de fleurs à Melbourne.
  • Notre deuxième histoire remonte à une période légèrement plus tardive, et reprise sur le site des Archives Nationales d’Australie. À 19 ans, Rosina Natoli quitta Lipari accompagnée de sa mère, de sa sœur et d’un cousin en 1931.  Son frère, Bartolo (encore un !), les accueillit à leur descente du navire au port de Melbourne et les présenta à son ami Marino Casamento, originaire de Vulcano. Rosina et Marino se marièrent rapidement. Ils ouvrirent un magasin de fruits à Melbourne et passèrent le reste de leur vie en Australie. Sur la liste des passagers à l’arrivée du navire qui venait de Marino à Sydney le 25 septembre 1925 (Le Palermo), on reconnaît les noms des sept autres qui avaient embarqué avec lui à Messine :  Gaetano Barbuto, un ouvrier agricole ; Giovanni China, un cordonnier ; Salvatore Campisi et Santo Caratozzolo, pêcheurs ; Angelo di Marco, coiffeur ; et Emanuele Santospirito, marchant. Leurs destinées n’ont pas été relatées, mais l’on sait que Marino devint une référence au sein de la communauté des ressortissants des îles éoliennes à Melbourne et président de la Société des îles éoliennes de la ville, initialement fondé en 1925.

Mussolini voyait d’un mauvais œil l’émigration, et le nombre d’habitants des îles éoliennes qui partirent dans les années 1930 chuta considérablement.  Toutefois, après la 2nde Guerre mondiale, le flux reprit de plus belle. À la fin des années 1940, le ministre australien de l’immigration, Arthur Calwell introduisit un programme d’immigration assisté, en réalité véritable effort massif de recrutement de main d’œuvre pour les énormes projets d’infrastructure et le secteur agricole en plein essor. Calwell signa un accord avec le gouvernement italien (ainsi qu’avec d’autres nations) par lequel le gouvernement australien s’engageait à subventionner le coût de la traversée à la mer à ceux prêts à entreprendre ce voyage périlleux jusqu’aux Antipodes. Les habitants des îles éoliennes se saisirent de cette aubaine et rien qu’en 1951, 7 000 d’entre eux arrivèrent en Australie.

L’accord de Calwell demeura en vigueur jusque 1971, data à laquelle la première génération d’immigrants nés en Italie avait connu une augmentation massive pour passer d’environ 33 000 en 1949 à près de 290 000 (selon les chiffres du recensement de 1971). Bon nombre d’entre eux étaient originaires des îles éoliennes.

Alors qu’est-ce qui a poussé ces habitants des îles éoliennes à s’établir en Australie ? Au début du XXème siècle, certains décidèrent de mettre leurs compétences de pêche au profit des flottes de la région de l’Illawarra, au sud de Sydney. La majorité s’orienta vers les activités agricoles de la zone d’irrigation Murrumbidgee, à l’ouest de Sydney. Les habitants des îles éoliennes étaient experts en termes de culture et de commerce de fruits et légumes. Avec d’autres Siciliens, ils s’établirent rapidement sur les marchés et devinrent propriétaires de fermes à Riverina, une grande région agricole s’étendant de la frontière du New South Wales et de Victoria. Aujourd’hui, près de 60% de la population de Riverina est d’origine italienne,  dont une grande partie des îles éoliennes.

De même, beaucoup de jardin maraîchers et de marchands de fruits et légumes en périphérie de Sydney et Melbourne dégageaient une atmosphère clairement italienne (vous vous souvenez de Bartolo et Bartolina, de Rosina, de Marino ?), et bientôt, beaucoup des distributeurs grossistes étaient également d’origine des îles éoliennes. Un exemple parlant est celui de Frank Aloysius Costa. Né à Geelong, près de Melbourne, le grand oncle de Costa, George Virgona, était arrivé en Australie de Salina dans les années 1880. En 1888, il ouvrit sa boutique de fruits et légumes à Geelong, et l’appela le Covent Garden Food Store. Le père de Costa reprit le commerce dans les années 1920, avant que Costa lui-même  en hérite dans les années 1950, en faisant le plus grand cultivateur, distributeur grossiste et exportateur de fruits et légumes d’Australie.

Bien sûr, tous les immigrants de première et deuxième générations des îles éoliennes ne finissaient pas dans le secteur des fruits et légumes. La liste des histoires de réussites est longue également dans d’autres secteurs : juges à la Cour Suprême, rédacteurs en chef de journaux, ministres, juristes, ingénieurs, entrepreneurs, et stars du show-business, comme Natalie Imbruglia, dont le père était venu de Lipari.

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